Ritournelle du Barde errant

Je suis le Barde errant

Ne cesse de marcher

Je suis Barde et je chante

Ne cesse de chanter

 

Avant de paraître j'étais

Avant le verbe, avant le son

Souffle invisible de l'inspiration

 

Je suis la Barde qui marche

Celle qui n'a pas d'âge

Celle qui se veut sage

Et qui n'a pas de nom

Mais qui peut bien le dire

Et puis comment le dire 

 

Je suis la Barde qui chante

Ne cesse de chanter

Ma Parole résonne

Si je chante elle invoque

Elle évoque et enchante 

 

Je suis celle qui veille

Née du sang de la terre

Porteuse de Lumière

De Lune et de Soleil

 

Je capte les couleurs du temps

Glisse sur les chemins du vent

D'ici, de maintenant

De toujours et d'ailleurs

 

Et dans le Ciel je vole

Ma robe virevolte

Et je tisse  ma toile

Toute brodée d'étoiles

 

Des siècles que je marche

Des millénaires peut-être

De Maître en Maître

De Coeur en Coeur

Je suis porteuse du monde

Et le monde me porte

 

J'ai parcouru des terres

Aujourd'hui disparues

Alourdies de tumulte

Et appauvries d'amour

Au fond des vastes mers

Tant de vestiges enfouis 

 

Mes rivières, océans

Roches, terres et continents

Je frôle des volcans

Près des glaciers absents

 

Ô Dieux protégez ces mémoires 

Ô symboles sacrés 

À nous qui sommes sourds, oserez vous parler 

Entendez les soupirs de ces pauvres aveugles

Les plaintes des ignorants, de ceux qui sont sans voix

 

Baguette sur la tête

Robe aux couleurs du temps

Dune source féconde

Je veux porter l'espoir

L'espoir à chaque instant

Renaît de tant d'espoir

 

De pas en pas je chante

Ravaude les mémoires

Restaure les accrocs

En renouant les noeuds

Transformant les déboires

Oui, servir est ma tâche

Et Lumière mon osmose

 

Le long de ces marais putrides

Des abeilles sans vie

Des sables infertiles

Où est cachée la Joie 

 

Dans le chant des Grillons

Des milliards de Grillons

Pour incarner la joie

Tout au fond de nos voix

Et faire vibrer nos corps

De leurs fréquences d'or

 

Le regard en alerte

Tous mes sens en émoi

C'est pour toi que je marche

Pour vous tous qui souffrez

Pour alléger les temps

Pour que sèche la glaise

Qui m'asphyxie parfois

 

Je marche pour que fleurissent coquelicots et bleuets

Pour que bruissent les arbres qu'ils parlent à nos coeurs

Faconnant de leurs graines des semences d'amour

Qu'ils chantent et dansent encore

Qu'ils enchantent et murmurent

S'enlacant de leurs branches et filtrant brise et vent

 

Ô puissances du Ciel 

Puissances de la Terre

Et de l'Eau et du Vent

Esprits de Liberté

Protecteurs bienveillants

Je vous prends à témoin 

Devant cette Assemblée

 

Ô Dieux de Vie de Paix de Joie

Ô échos de Lumière

De la Source Première

Et vous Maîtres du Feu

Maîtres des Racines

Au nom de tous les miens

J'en appelle à vous tous

 

Veuillez accueillir nos offrandes

Ces effluves d'or et d'encens

     Amour notre étendard

     Sagesse notre trésor

     Justesse notre mesure

 

Ô Dieux puissants et bons

Que votre grâce inonde 

Mes frères et mes soeurs 

Et l'humble serviteur

Tous artisans de Joie 

Bâtisseurs de la Paix 

Alchimistes de Vie 

Chercheurs de Vérité

 

Mes frères et mes soeurs

Amis du fond des âges

Reveillons-nous enfin

Allons sécher nos larmes

Etouffons nos aigreurs

Emplissons-nous d'ardeur

De tendresse de douceur

Pour féconder la Terre

D'amour et de Beauté 

 

Voici qu'est venue l'heure

Des lendemains qui chantent

Avec l'appui des Dieux

Glissons-nous dans la Danse

Otons nos oripeaux

Desencrassons nos coeurs

Transmutons nos lourdeurs

 

Voici qu'est venue l'heure

Au carrefour des temps

De s'affranchir des peurs

De trouer l'horizon

Pour y trouver le Graal

Que les miasmes enfin

Puissent se changer en Grâces 

 

Ce jour est arrivé

Où tout devient possible

À l'oeuvre est l'Invisible 

 

Ô Dieux chantons en choeur

 

Et pleins de gratitude

Tous accueillons le Souffle

 

Awen Awen Awen

 

Sulevia, cheminante Barde, Bosquet Vogesos, Samonios 2018